La perspective d’une baisse des retraites inquiète de plus en plus de Français. Entre le vieillissement de la population, les réformes successives et un système par répartition sous pression, il devient difficile de compter uniquement sur sa pension publique pour maintenir son niveau de vie.
La bonne nouvelle ? Vous avez des leviers puissants pour reprendre la main : l’épargne, l’assurance vie et les rentes (viagères ou non). L’enjeu n’est pas seulement de « mettre de côté », mais de structurer une vraie stratégie de revenus pour votre future retraite.
Pourquoi il ne faut plus compter uniquement sur la retraite obligatoire
Le système de retraite français repose principalement sur la répartition : les actifs financent les pensions des retraités. Or, la pyramide des âges s’est inversée : plus de retraités, moins d’actifs pour payer. Résultat :
- Le taux de remplacement (la part de votre dernier salaire couverte par la retraite) tend à diminuer.
- Les durées de cotisation s’allongent.
- Les pensions progressent moins vite que le coût de la vie, voire stagnent.
Imaginons Claire, 40 ans, salariée, 2 800 € nets par mois. Aujourd’hui, les estimations de certains simulateurs montrent qu’elle pourrait percevoir, à la retraite, entre 50 % et 60 % de son dernier revenu, selon sa carrière. Cela reviendrait à vivre avec environ 1 400 à 1 700 € par mois. Suffisant pour payer un loyer, voyager, aider ses enfants ? Pas sûr.
C’est là que l’épargne personnelle et les solutions d’assurance prennent tout leur sens : elles servent à compléter les régimes obligatoires, pas à les remplacer. Vous construisez votre « deuxième étage » de revenus, plus flexible et adapté à vos objectifs.
Évaluer l’impact d’une baisse de retraite sur votre budget
Avant de foncer ouvrir une assurance vie, le premier réflexe à adopter est beaucoup plus simple : faire le point sur vos besoins futurs. Sans diagnostic, difficile de mettre en place la bonne stratégie.
Trois questions clés :
- Combien vous coûtera votre vie à la retraite ? Loyer ou crédit remboursé ? Santé ? Loisirs ? Projets (voyages, résidence secondaire, aide aux enfants) ?
- De quels revenus serez-vous certain(e) de disposer ? Retraite de base, complémentaire, éventuelle retraite d’entreprise, revenus locatifs déjà existants…
- Quel écart se dessine entre ces deux montants ? C’est ce « trou » financier que vous devrez combler avec l’épargne, l’assurance vie et les rentes.
Un exemple concret :
- Budget mensuel souhaité à la retraite : 2 500 €.
- Pension estimée : 1 700 €.
- Manque à gagner : 800 € par mois.
Votre objectif d’épargne ne sera pas le même si vous avez 30 ans ou 55 ans. Plus vous commencez tôt, plus l’effort mensuel peut être modeste, grâce à l’effet de capitalisation.
L’épargne long terme : les bons réflexes à adopter dès maintenant
Anticiper une baisse de retraite, ce n’est pas forcément mettre de côté des sommes énormes. C’est surtout être régulier et structuré. Quelques principes simples peuvent déjà changer la donne.
Mettre en place une épargne automatique
Le plus gros ennemi de votre retraite, c’est la procrastination. L’un des moyens les plus efficaces pour épargner sans y penser est le prélèvement automatique :
- Un virement programmé dès le début du mois vers un support d’épargne dédié à la retraite (assurance vie, PER…).
- Un montant réaliste, que vous pouvez tenir dans la durée (mieux vaut 200 € par mois pendant 20 ans que 500 € pendant 6 mois).
Cela permet d’éviter le fameux « je verrai à la fin du mois », moment où il ne reste… plus grand-chose.
Adapter son épargne à son horizon de temps
Si vous avez 30 ou 35 ans, votre horizon est de long terme. Vous pouvez vous permettre de prendre davantage de risque en acceptant la volatilité (via des unités de compte dans une assurance vie, par exemple), avec l’espoir d’une meilleure performance.
À 55 ou 60 ans, la logique est différente : il devient essentiel de sécuriser progressivement une partie de votre capital. On entre alors dans une phase de transition, avec :
- Une part de supports dynamiques (actions, fonds diversifiés) pour continuer à faire fructifier le capital.
- Une part croissante de supports sécurisés (fonds en euros, supports à capital garanti) pour ne pas voir l’épargne fondre à cause d’un retournement de marché juste avant la retraite.
L’idée n’est pas de tout miser sur la performance, mais de trouver un équilibre entre rendement et sécurité, en fonction de votre âge et de votre tolérance au risque.
Assurance vie : un outil clé pour compenser la baisse des retraites
L’assurance vie est souvent présentée comme un produit de transmission, mais c’est aussi un formidable outil de préparation de la retraite. Sa souplesse et sa fiscalité en font un pilier pour anticiper la diminution des pensions.
Pourquoi l’assurance vie est particulièrement adaptée
- Une épargne disponible : vous pouvez effectuer des rachats (retraits) à tout moment, en totalité ou en partie.
- Une grande variété de supports : fonds en euros (sécurisés), unités de compte (plus dynamiques), fonds immobiliers, fonds thématiques…
- Une fiscalité avantageuse après 8 ans, avec des abattements annuels sur les gains en cas de rachat.
- Une grande souplesse de gestion : versements libres ou programmés, possibilité de gérer vous-même ou de déléguer (gestion pilotée).
Concrètement, vous pouvez utiliser l’assurance vie comme un « réservoir » que vous remplissez pendant votre vie active, puis dans lequel vous viendrez puiser à la retraite pour compléter vos pensions.
Stratégies concrètes avec l’assurance vie
Quelques pistes de mise en place :
- Commencer tôt avec des versements modestes : par exemple, 150 € par mois à 35 ans sur une assurance vie multisupport, avec une part significative d’unités de compte.
- Augmenter progressivement vos versements au fil de votre carrière, dès que vos revenus le permettent (prime, augmentation, fin d’un crédit…).
- Sécuriser une partie de votre capital 5 à 10 ans avant la retraite, en transférant progressivement des montants vers le fonds en euros ou des supports moins risqués.
- Mettre en place des rachats programmés une fois à la retraite, par exemple 400 € par mois, afin d’obtenir une forme de « salaire complémentaire ».
Exemple : si vous avez accumulé 120 000 € sur votre assurance vie à 65 ans, même avec des retraits mensuels, une partie du capital restera investie et continuera à produire des intérêts. Vous obtenez ainsi un mécanisme de revenus complémentaires flexibles. Rien ne vous oblige à sortir une rente immédiate : vous gardez la main.
Rentes : transformer un capital en revenu régulier
À un moment donné, la question se pose : vaut-il mieux conserver un capital disponible ou le transformer en revenu garanti ? C’est là qu’intervient la notion de rente, notamment la rente viagère.
Qu’est-ce qu’une rente viagère ?
La rente viagère est un mécanisme par lequel vous transformez un capital (souvent issu d’une assurance vie ou d’un PER) en un revenu versé à vie. Vous « échangez » donc votre capital contre la sécurité d’un revenu régulier, dont le montant dépend :
- De votre âge au moment de la mise en place de la rente.
- Du montant du capital converti.
- Des options choisies (réversion pour le conjoint, annuités garanties, indexation…).
Imaginez Marc, 65 ans, qui dispose de 150 000 € sur une assurance vie. Il choisit de convertir 100 000 € en rente viagère, et de conserver 50 000 € disponibles. Il obtient ainsi un revenu régulier à vie (par exemple 400 à 500 € par mois, selon les conditions du contrat), tout en gardant une réserve de liquidités en cas de besoin.
Les avantages et limites des rentes
Avantages :
- Une sécurité psychologique : vous savez que cette rente tombe chaque mois, sans vous soucier de la durée de vie de votre capital.
- Un risque de longévité couvert : si vous vivez très longtemps, la rente continue, même si le capital de départ aurait été « épuisé » en épargne classique.
- Un outil intéressant pour les personnes qui appréhendent la gestion de leur capital à un âge avancé.
Limites :
- Le capital converti en rente n’est plus disponible : vous perdez la flexibilité.
- En cas de décès prématuré et sans option de réversion, le « retour sur investissement » peut sembler défavorable.
- La complexité des options (réversion, annuités garanties, indexation) nécessite d’être bien accompagné pour choisir ce qui correspond réellement à votre situation.
D’où l’intérêt, souvent, de ne pas convertir tout votre capital en rente, mais seulement une partie, pour créer un socle de revenus garantis tout en préservant une marge de manœuvre.
Combiner épargne, assurance vie et rentes : une stratégie en plusieurs étages
Bonne nouvelle : vous n’avez pas à choisir « épargne ou assurance vie ou rente ». L’approche la plus solide consiste souvent à les combiner, comme les différents étages d’un même immeuble.
Une architecture type pourrait ressembler à ceci :
- Étape 1 : l’épargne de précaution (2 à 6 mois de dépenses courantes) sur des supports liquides (Livret A, LDDS, compte sur livret…). Ce n’est pas une épargne retraite, mais elle sécurise votre quotidien en cas de coup dur.
- Étape 2 : l’épargne long terme pour la retraite, via une ou plusieurs assurances vie, éventuellement un PER, avec des versements programmés et une allocation adaptée à votre profil.
- Étape 3 : la transformation d’une partie du capital en revenus au moment de la retraite, via :
- Des rachats programmés sur assurance vie.
- Une ou plusieurs rentes viagères pour sécuriser un niveau de vie minimal.
- Éventuellement, d’autres sources : loyers, dividendes…
Cette combinaison permet de gérer trois objectifs :
- Avoir un filet de sécurité pour les imprévus.
- Faire fructifier son capital sur la durée pour compenser la baisse des retraites.
- Obtenir des revenus prévisibles et réguliers au moment où l’on en a le plus besoin.
Quelques erreurs fréquentes à éviter
Anticiper une baisse des retraites, c’est bien. Le faire intelligemment, c’est mieux. Voici quelques pièges classiques :
- Attendre « le bon moment » pour commencer à épargner : le meilleur moment, c’était hier. Le deuxième meilleur, c’est aujourd’hui, même avec de petits montants.
- Tout miser sur un seul produit : par exemple, ne compter que sur un PER ou uniquement sur un investissement immobilier. Diversifier, c’est réduire vos risques.
- Ne jamais réviser sa stratégie : votre situation évolue (salaire, famille, patrimoine), vos placements aussi doivent être ajustés. Un point régulier tous les 2 à 3 ans est un bon réflexe.
- Confondre épargne de précaution et épargne retraite : ce n’est ni la même durée, ni la même fonction, ni les mêmes supports.
- Ignorer la fiscalité : sortie en capital ou en rente, assurance vie ou PER, chaque outil a ses règles. Bien les comprendre permet de ne pas perdre inutilement une partie de ses gains.
Par où commencer concrètement ?
Si vous sentez que votre future retraite risque d’être inférieure à vos attentes, l’important est de passer à l’action, pas forcément de tout maîtriser tout de suite. Quelques premières étapes simples :
- Simuler votre future pension à l’aide des simulateurs officiels ou de votre relevé de carrière. Même si ce n’est qu’une estimation, cela donne un ordre de grandeur.
- Faire votre budget cible de retraite : coût de la vie, projets, niveau de vie souhaité. Plus vous êtes précis, plus vos objectifs d’épargne seront clairs.
- Ouvrir (ou optimiser) une assurance vie dédiée, avec des versements programmés, même modestes au départ.
- Clarifier votre horizon de temps : âge estimé de départ, marges de manœuvre possibles (travailler plus longtemps, activité complémentaire, etc.).
- Vous faire accompagner si besoin : un conseiller en gestion de patrimoine ou un courtier en assurances peut vous aider à structurer une stratégie alignée avec votre profil.
La diminution probable des retraites n’est pas une fatalité, à condition de l’anticiper avec méthode. L’épargne, l’assurance vie et les rentes ne sont pas des concepts abstraits réservés aux spécialistes de la finance : ce sont des outils très concrets, qui peuvent faire la différence entre une retraite subie et une retraite choisie.
Le plus important n’est pas de démarrer avec beaucoup, mais de démarrer tout court, puis d’ajuster progressivement. Votre « vous » de 65 ans vous remerciera pour chaque euro mis de côté et bien placé aujourd’hui.
